WHO’S THAT GIRL ?

ORIGINES DU (MAL) BIEN

Gravie la demi-douzaine de marches qui menaient à la maison de mes grands-parents maternels, quelques photos noir et blanc nous accueillaient, disposées dans des petits cadres sur la table basse de l’entrée. Je me rappelle comme si c’était hier demander à ma grand-mère qui étaient tous ces gens. Et elle me répondait, inlassablement – car je pense lui avoir demandé cent fois si ce n’est plus – avec un prénom et la position familiale qui allait avec. J’enregistrais, entre autres, que le petit garçon souriant n’était plus de ce monde, que la jolie demoiselle avait aussi rejoint les étoiles et que je n’avais jamais croisé – et ne croiserai jamais – cette dame bien apprêtée qui porte le même prénom que ma mère. Mais à cinq ou six ans, même si on perçoit quand même qu’il y’a un truc qui cloche, on ne va pas plus loin. J’étais contente des réponses, et nous passions à autre chose. Plus tard, je découvris dans un placard du premier étage un empilement d’albums photos, plutôt très anciens. Et les quelques minutes que prenait l’inventaire de la table basse se sont alors transformées, dès que cela était possible, au déménagement des albums dans le salon, et à des heures de qui est qui. La gamine que j’étais n’a cependant pas tout retenu loin de là, et ne mesurait pas encore la richesse de ces échanges. C’est en arrivant en CM2 que les choses sérieuses ont commencé. Quel âge a-t-on en CM2 ? Une dizaine d’années ? Il se trouve qu’à ce moment-là mon frère Guillaume dû représenter un arbre généalogique dans le cadre d’un travail de classe. Mais qu’était donc cette chose-là autour de laquelle mes parents s’agitaient, passant des coups de téléphone pour valider des noms et surtout des dates auprès d’autres membres de la famille ? Je m’y suis vaguement intéressée, sans plus. En fin d’année scolaire, au moment où cahiers et feuilles de classeur partent en direction de la poubelle, j’ai sauvé l’arbre qui trônait déjà sur la pile à jeter. À cette époque le virus a pris. J’ai fait le lien entre cette chose bizarre constituée de cadres reliés entre eux, et les heures passées devant les albums photos conservés par ma grand-mère. La machine était lancée.

Pierre, Suzanne et Simonne.

POURQUOI ET POUR QUI ?

Voilà pour le moment nostalgie back in the 70’s dans la maison de mes grands-parents. Cheminons maintenant vers le présent. Après des années pendant lesquelles il a fallu franchir les étapes obligatoires d’envois de courriers manuscrits aux mairies, de visites aux archives départementales (qui heureusement n’étaient pas très loin du domicile parental), d’heures passées sur le minitel, est arrivée la révolution ‘internet’. L’arbre ancestral s’est rapidement développé, les branches sont devenues plus touffues, des cousins éloignés ont été trouvés et je me suis rendu compte via Twitter qu’il existait une importante communauté de généalogistes qui dispensait sa bienveillance sur le net. Oh bonheur ! tous ces gens qui ont la même passion que moi alors même que dans mon entourage on me regarde avec des yeux de merlan frit lorsque j’évoque cette occupation ultra chronophage et très étrange, qui consiste à plonger des heures dans des archives souvent illisibles, et à aller questionner les disparus (je tiens ici à exclure Arthur et Benjamin de cette généralité, à peine exagérée – l’un s’arrachant les cheveux avec sa branche paternelle italienne, l’autre courant après ses ancêtres savoyards). Si déjà cette communauté, dont la grande majorité possède et alimente un blog, me faisait de l’œil depuis un bon moment, c’est aussi à la suite des réclamations régulières de mon autre frère Xavier que j’ai décidé de mettre en ligne ce blog : « Tu parles de qui là ? Il est où par rapport à nous ? Et il faisait quoi ? Mais de quelle époque ça date ? En fait ce serait plus simple si tu nous faisais une belle présentation PPT sur un grand écran, avec une règle ou une baguette pour bien nous montrer, et nous expliquer tout ; et nous on t’écoute confortablement installés sur un canapé. Et n’oublie pas les photos ».  Voilà voilà, et tu ne veux pas que je loue Bercy pendant qu’on y est ? Alors à défaut de louer une salle et d’organiser la projection d’un PPT qui pourrait durer des jours, voici « Broderies Ancestrales », le blog sur lequel je rédigerai régulièrement (?!?!…) mes découvertes sur nos ancêtres et leur famille. Ce blog est donc d’abord destiné à ma famille, mais aussi et surtout à vous les générations futures, parce que j’espère bien que parmi mes petits-enfants, mes petits-neveux et nièces, mes petits petits (arrières ?) cousins et cousines, vous qui n’existez pas encore, l’un de vous sera atteint de ce virus magique et dévorera les billets que je vais commencer (?!?!…) à écrire afin de prolonger ce passionnant travail de recherche. Ensuite, si celui-ci me permettait de faire la connaissance de cousins et cousines encore inconnus, ce serait une immense satisfaction. Enfin, si des lecteurs n’ayant absolument rien à voir avec les familles dont il sera question ici, prennent plaisir à y lire quelques récits, ce ne sera que satisfaction supplémentaire.

J’ai presque fini cette présentation, il me reste encore à faire une ‘spéciale dédicace’ à mon codeur fou, mon Wikipédia de l’informatique, mon encyclopédie d’internet, qui a construit ce blog et qui me résout chaque problème (parfois ce ne sont même pas des problèmes, mais il n’y a que lui qui le sait) en moins de temps qu’il n’en faut pour lui énoncer l’écueil rencontré. Merci Julien.

L’arbre de Guillaume.

LA PREMIÈRE ANECDOTE

Je conclus enfin sur le titre de cette présentation, ‘Who’s that Girl’, que j’ai emprunté au répertoire de l’idole de mon adolescence. Lorsqu’elle vint se produire en France pour la première fois, et que l’affiche 4×3 de sa tournée s’est retrouvée placardée sur la façade d’une maison proche du bureau paternel, j’ai mis en marche la machine de harcèlement à répétition puissance 10 pour que ce trésor (à noter que depuis, j’ai radicalement changé ma conception des trésors…) soit décollé et rejoigne ma collection dédiée à l’idole. Je ne sais absolument pas comment – et mieux vaut peut-être ne pas savoir – toujours est-il que l’annonce de 4 mètres par 3 de la blonde peroxydée a finalement recouvert un mur entier de ma chambre. Merci Papa… et Maman pour avoir toléré qu’une grande partie des petites fleurs roses (!) qui ornaient le papier peint disparaisse à jamais. Et v’là comment on place la première anecdote familiale pour les générations futures !

Les marches de la maison

À Madou, pour Xavier

Julien, Arthur, Guillaume et Simonne.