UN MARIAGE, UN ERMITE ET UNE SAGE-FEMME

Dans le cadre du mois #Généatech organisé par les sympathiques animateurs de la communauté du même nom, quatre thèmes d’écriture sont proposés, pour les quatre semaines du mois de février.

Le deuxième généathème est suggéré ainsi : « Spécial Saint Valentin ». Ne voyant pas bien comment rédiger un billet original relatif au thème, je suis allée me pencher sur le traditionnel « un jour un ancêtre » pour voir ce qu’il s’était passé dans notre arbre un 14 février. Six évènements, trois naissances et deux décès … que des collatéraux, on oublie je n’ai aucune matière. C’est le dernier « anniversaire » qui va retenir mon attention. En effet, un mariage a été célébré entre deux de nos ancêtres en ce jour particulier, au dix-huitième siècle. Il est vrai que cette union est bien lointaine, mais au vu des patronymes qui s’affichent sur l’écran, je sais que j’ai croisé quelques anecdotes sur cette famille, et ce point de départ est une excellente opportunité pour les partager. C’est parti !

Géographie du département de la Meuse – 1862

SAINT VALENTIN 1735, UN MARIAGE
Nous sommes dans la Meuse, à Morley plus précisément en ce lundi 14 février 1735. Nicolas FINEL, le charpentier, fils de Pierre et de Louise GUILLEMIN s’apprête à joindre son destin à celui de Marie LANCE. Si la filiation de Nicolas est bien claire et sourcée, il en va autrement pour celle de Marie. Celle-ci est en effet la fille de Claude et Marie MICHEL sur son acte de mariage, et l’âge sur son acte de décès correspond bien, mais tiens donc, elle est la fille de Jean et de (la même ou une autre ?) Marie MICHEL sur son acte de baptême. Je viens juste de noter cette anomalie – comme quoi il est toujours bénéfique de participer à un challenge ! Une recherche rapide sur nos sites favoris m’informe que cette bizarrerie est dupliquée sur la grande majorité des arbres ; les rares exceptions qui ont aussi dû s’apercevoir qu’il y avait un loup (ou un renard diront certains) ont laissé la naissance en point d’interrogation, mais n’ont à priori pas trouvé d’autre acte. Je rajoute donc à ma to-do list cette vérification à creuser, je n’y ai jamais ajouté tant de tâches que depuis que je participe à des défis généalogiques… Le mariage étant ce qui nous intéresse ici, et les âges correspondants parfaitement, nous allons considérer dans un premier temps que c’est monsieur le Curé, emporté par la joie d’une naissance ou par un peu trop de vin de messe, qui a confondu les deux frères, Jean et Claude, en plus mariés tous deux à deux filles MICHEL. En ce jour Valentinesque, Marie a vingt-six ans et Nicolas en a vingt-quatre. Huit enfants vont naître de cette union, quatre garçons et quatre filles, dont deux quitteront ce monde en bas âge. Toutes les naissances ont lieu à Morley où le couple s’est sans aucun doute installé. En revanche, c’est à Méligny-le-Grand à une vingtaine de kilomètres, que nous les retrouvons à l’occasion du mariage de leurs enfants dès 1759, et jusqu’aux dernières années de leur vie. Marie s’y éteindra en 1765 âgée de 57 ans, et Nicolas la rejoindra pour l’éternité vingt ans plus tard.

UN ERMITE
Marie disparaît bien jeune et laisse à son époux la charge de cinq enfants (l’aîné, notre ancêtre est déjà mari et père), dont le dernier n’a que quatorze ans. Deux garçons seront très vite mariés, un mois puis deux mois après la disparition de leur mère. Il ne restera au foyer de Nicolas que deux filles, et le benjamin. L’une d’elle partira vivre sa vie d’épouse douze ans plus tard. La seconde ne sera jamais mariée et finira sa vie chez un de ses frères. Quant au benjamin, François, il disparaîtra très prématurément au domicile de son père, âgé de seulement vingt-trois ans. Est-ce tout cet enchaînement d’épreuves, ou le fait d’avoir survécu deux longues décennies à son épouse ? Un peu des deux sûrement, toujours est-il que Nicolas est hermite de Saint Christophe de Refrois lorsqu’il s’éteint. Je ne sais pas depuis combien de temps il apaisait ses peines dans la spiritualité, mais cette information supplémentaire sur son acte de décès a bien sûr fait ma joie.

« La paroisse de Reffroy possède une relique de Saint Christophe ramenée d’Orient par les Croisés, après la prise de Constantinople. Elle était exposée à la vénération des pèlerins le lundi de Pâques, le lundi de la Pentecôte et le 25 juillet, jour de la Saint Christophe. Jusqu’à la Révolution, la relique était abritée dans la chapelle d’un ermitage, à mi-chemin entre Reffroy et Marson. En face de l’ermitage, une source Saint-Christophe jaillissait à l’ombre d’un grand chêne et l’on attribuait à ses eaux des vertus curatives ». Extrait de Sobriquets et quolibets de Lorraine et du Bassigny par Jean Vartier, chapitre sur les Pèlerinages meusiens de jadis.

UNE SAGE-FEMME
Remontons un tout petit peu notre arbre et arrêtons-nous sur la fratrie de Nicolas. Notre charpentier avait cinq frères et sœurs. Seuls l’aînée Anne, Nicolas et le dernier, Joseph fonderont une famille. Si Nicolas était charpentier, je n’ai pas croisé le métier de Joseph dans les actes dont je dispose. Cependant, chose rare et inestimable, j’ai retrouvé l’activité de notre collatérale Anne (merci sérendipité, la meilleure amie des généalogistes). Elle fut en effet (…) élue dans l’assemblée des femmes à la pluralité des suffrages pour faire l’office de sage-femme et a prêté le serment ordinaire entre mes mains conformément au rituel de ce diocèse (…). Par chance pour nous, l’élection a été couchée sur le papier dans le registre BMS par N. Richellet, prêtre curé de Morley. Nous sommes le 12 mai 1748, une semaine jour pour jour après l’inhumation du père d’Anne et de Nicolas. Anne a alors quarante ans, elle a déjà transmis la vie cinq fois et donnera encore naissance à trois enfants dans les années qui suivent. Les illustrations qui accompagnent ici le précieux acte sont tirées de l’ouvrage Observations sur la pratique des accouchements, naturels, contre-nature et monstrueux par Cosme Viardel (octobre 1747). Et l’extrait que je n’ai pas résisté à afficher – relu à plusieurs reprises voulant être sûre que mes yeux lisaient bien ce qui était rédigé – est tiré de l’Art d’accoucher réduit à ses principes par J. Astruc (janvier 1761). Ces deux livres sont librement consultables dans leur intégralité sur le site Gallica.

8 commentaires

    1. En fait on peut avoir des sage femmes sans le savoir dans sa lignée Sosa : j’en ai ainsi découvert une tout à fait par hasard : elle avait accouché sa fille, et le bébé étant en péril de mort, l’avait ondoyé; sa qualité de sage-femme était donc énoncée, à ma grand surprise (et joie); sans ma quête systématique des collatéraux, et sans le danger couru par cet enfant – qui deviendra adulte, ouf!- , je ne l’aurais jamais su… 🙂

      Aimé par 2 personnes

Répondre à tracesetpetitscailloux Annuler la réponse.

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s