Le plus beau Noël d’Elizabeth – 25 décembre 1709

ELIZABETH

Elizabeth AVISSE voit le jour en décembre 1670 à La Falaise, village de Seine-et-Oise (Yvelines). Fille de Jean et de Jeanne REAUBOURG, mariés en février de la même année, elle est l’ainée d’une fratrie dont j’ai retrouvé cinq enfants.

« Cette année-là » : Pascal publie ses Pensées et Molière Le Bourgeois Gentilhomme ; le Duc de Maine, fils illégitime de Louis XIV et de la Marquise de Montespan, naît en mars.

Au moins trois filles et un garçon succèderont à Elizabeth dans le berceau réservé au nouveau-né de la famille. Marie comme sa sœur aînée nait à La Falaise, puis la famille part s’installer dans la commune voisine d’Aulnay-sur-Mauldre où arrive Nicolas en décembre 1676. Deux autres fillettes complèteront la tribu connue, Louise et Jeanne Nicole en 1680 et 1684. On ne pourra cependant pas dire que l’enfance d’Elizabeth se déroula comme un long fleuve tranquille. En effet, elle fut jalonnée de deuils puisqu’elle accompagnera ses trois sœurs âgées de 5 mois à 5 ans vers leur dernière demeure entre 1679 et 1685. A noter qu’à part son baptême, je n’ai plus trouvé aucune trace de Nicolas dans les registres d’Aulnay.

ELIZABETH ET GILLES

C’est à Maule, toujours en Seine-et-Oise et toujours très proche des précédents lieux évoqués, où la famille AVISSE est désormais domiciliée, qu’Elizabeth fort probablement devenue fille unique, prend pour époux Gilles FRICHOT en novembre 1699. Ils ont respectivement vingt-huit et quarante-trois ans.

« Cette année-là » : la première colonie française permanente s’établit en Louisiane, Fénelon publie Les aventures de Télémaque et s’attire les foudres de Louis XIV. Dans le pays, c’est la deuxième année consécutive que les récoltes sont insuffisantes ; en ville comme dans les campagnes, la colère gronde.

Le couple s’installe au Hameau de CulFroid (!!) à Maule, trois garçons et deux filles viennent égayer le quotidien du laboureur et de son épouse entre 1699 et 1707. Si Elizabeth a pu penser avoir échappé aux deuils malheureux qui ont frappé son enfance, alors qu’elle regardait grandir sa propre descendance, ce fut de très courte durée. En effet, le sort s’acharne et septembre 1708 restera gravé comme la pire épreuve de sa vie. En huit jours, elle accompagnera quatre de ses enfants au cimetière, très probablement victimes du contexte épidémique qui sévit sur l’ensemble du territoire à cette époque. Le foyer ne compte plus qu’une fillette…qui s’éteindra prématurément à l’âge de 13 ans quelques années plus tard. En pleine période de deuils, Elizabeth n’est pas au bout de ses peines. Arrive en effet le Grand Hyver qui va sévir dès janvier. Neige et températures extrêmes loin en dessous de zéro sont le quotidien de ce mois ; il se rapporte que le vin du roi Soleil (!!) gelait dans les verres à Versailles. Non loin de là à Maule, le couple FRICHOT et sa fille rescapée survivent à l’épreuve, et Elizabeth se retrouve enceinte au mois de mars. Après ce parcours du combattant qu’elle vient de traverser, Elizabeth s’est certainement dit que cet enfant qui grandit en elle devra vivre, quoiqu’il arrive, il en va de la pérennité de sa descendance. Spoiler alert : il vivra, c’est notre ancêtre.

NOËL, LE CADEAU

Le petit Noël FRICHOT voit le jour à Maule le 25 décembre 1709 et sera baptisé à l’église Saint-Vincent dans la foulée.

« Cette année-là » : les hivers 1709 et 1710 sont particulièrement durs. Froids extrêmes, famines et épidémies galopantes font huit-cent-mille victimes.

Noël qui est un véritable cadeau du ciel (!!) va naviguer sans souci majeur connu sur ces terribles conditions, et sera suivi trois ans plus tard d’un autre petit garçon, Gilles. Tous deux grandiront et atteindront sans encombre l’âge de se marier et de fonder à leur tour une famille. Elizabeth qui se retrouve veuve en 1722, pourra même profiter d’une bonne partie des premières années de ses petits-enfants. Elle s’éteindra en mai 1747 à l’âge de 76 ans, « après avoir reçu les sacrements de pénitence, d’eucharistie et d’extrême onction pendant la maladie, en présence de Noël et de Gilles, ses enfants ».  

VIE DE NOËL EN ACCÉLÉRÉ, ET OUVERTURE

Noël sera tour à tour et selon les actes vigneron et/ou laboureur. Il épouse Marie Françoise HENRY, fille d’un marchand, en octobre 1732 à Aulnay-sur-Mauldre. Ils fêtent tous deux leurs 22 ans cette même année. Monsieur et Madame FRICHOT demeurent à leur tour au Hameau de CulFroid, qui dépend désormais de cette commune. Le couple va donner naissance à dix enfants, dont au moins sept se marieront, parmi eux notre ancêtre à la génération suivante Jean, futur vigneron, naît en 1750. Je perds la trace d’un garçon dans les registres, et deux autres enfants s’éteindront dans leurs premières années. Après une vie qui semble avoir été bien remplie, Noël rend son tablier à l’âge de 70 ans en février 1780 et sera inhumé en présence de son frère Gilles et de son gendre Charles François PELLETIER.

« Cette année-là » : à Grasse le futur peintre Fragonard voit le jour, on est en pleine guerre d’indépendance américaine et c’est maintenant Louis XVI, régnant depuis déjà six ans, qui boit son vin à Versailles.

Il y a une chose qui m’interpelle à la lecture de l’acte d’inhumation de Noël. En effet, au regard des endroits où ses enfants se sont installés après leurs noces respectives, je m’interroge sur l’absence d’un autre de ses gendres qui aurait pu être là. Passée l’idée que Monsieur le Curé ne s’est sans doute pas embêté à noter toutes les personnes présentes, une petite voix me souffle qu’il serait peut-être judicieux d’aller survoler rapidement quelques registres et sites spécialisés pour vérifier cette espèce d’intuition – ça ne s’explique pas… – qui dit qu’il y a peut-être quelque chose à creuser de ce côté-ci. Bien (ou mal ?) m’en a pris car j’ai ainsi découvert que Marie-Françoise, la première fille de Noël est finalement partie s’installer avec son époux à Épône. Mais, mais, mais, qu’est-il donc arrivé à ce couple pour que le mari décède des suites de strangulation, dans sa grange, suspendu à fouet de charretier ?

Et voilà comment de registres en tables on peut conclure un conte de Noël avec une anecdote bien glauque ! Vu le niveau lointain de la génération, et le fait qu’on parle de collatéraux, il est bien possible que je ne tire jamais parti de cette potentielle ouverture. Néanmoins, en tant que passionnée de recherches, je suis ravie (et désolée) de tomber pour la première fois sur un acte aussi détaillé.

Je vous souhaite à tous de bonnes fêtes de fin d’année, et tout plein de découvertes aux férus de recherches pendant cette période qui pour beaucoup, est synonyme d’un peu plus de temps disponible.

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Illustration 1 : Bébé emmailloté, détail du tableau L’adoration des bergers par Georges de La Tour vers 1645. Musée du Louvre. © Wikimedia Commons, domaine public.

Illustration 2 : Gallica / Département de Seine-et-Oise. Arrondissement de Versailles. Histoire du canton de Meulan (Edmond Bories 1906).

Illustration 3 : Archives des Yvelines, cadastre napoléonien.

Encarts « cette année-là » piochés dans le Guide chrono-thématique Contexte de Thierry Sabot.

4 commentaires

  1. J’allais commenter sur le joli conte de Noël et le symbolisme de ce prénom et de cet enfant… Puis vint la chute ! 😅🤣 Mais en tant que généalogiste je partage à 200% ton intérêt pour cette anecdote glauquissime !

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